Publié le 15 mars 2024

La clé pour retrouver du sens n’est pas de choisir vos valeurs dans une liste idéale, mais de décoder le message caché dans vos frustrations professionnelles.

  • Vos pires expériences de travail sont une carte au trésor qui révèle la valeur fondamentale la plus souvent bafouée.
  • La distinction entre vos besoins (sécurité, reconnaissance) et vos valeurs profondes (liberté, créativité) est cruciale pour prendre les bonnes décisions.

Recommandation : Arrêtez de chercher ce que vous voulez « Avoir » et concentrez-vous sur des objectifs qui reflètent qui vous voulez « Être ».

Ce sentiment diffus mais tenace. L’impression d’être un acteur dans un rôle qui n’est pas le vôtre, de réciter un texte qui sonne faux. Chaque lundi matin, une petite lassitude s’installe, un décalage grandissant entre les tâches que vous accomplissez et les convictions qui vous animent. Vous avez peut-être déjà tenté de rationaliser ce malaise, lu des articles, fait des listes de « pour » et de « contre », cherché des solutions rapides pour « retrouver la motivation ». On vous a sûrement conseillé de vous concentrer sur le positif, d’être plus résilient ou de viser de nouveaux objectifs.

Ces approches conventionnelles se heurtent souvent à un mur. Elles traitent les symptômes sans jamais s’attaquer à la racine du problème : un conflit profond, souvent inconscient, entre votre travail et vos valeurs fondamentales. Tant que cet alignement n’est pas fait, toute tentative de changement s’apparente à repeindre la façade d’une maison aux fondations fissurées. Le problème n’est pas votre manque de volonté ou votre négativité ; le problème est que votre boussole intérieure est ignorée.

Mais si la véritable clé n’était pas de chercher de nouvelles raisons d’aimer votre travail, mais plutôt de mener une véritable archéologie de vos frustrations pour en extraire l’essence de ce qui compte vraiment pour vous ? Et si vos pires expériences professionnelles étaient en réalité vos meilleurs guides ? Cet article vous propose de changer de perspective. Nous n’allons pas dresser une liste de courses de qualités désirables. Nous allons vous donner les outils pour déterrer vos 3 valeurs non-négociables, celles qui, une fois identifiées et respectées, transforment une carrière subie en une vocation choisie.

Ce parcours introspectif vous guidera à travers les pièges courants, comme la confusion entre un besoin et une valeur, ou la tentation de choisir des principes « nobles » pour plaire aux autres. Vous découvrirez comment décoder les signaux d’alerte que votre corps et votre esprit vous envoient, et pourquoi le simple fait d’avoir une « mission » protège votre cerveau. Préparez-vous à une exploration qui va bien au-delà d’un simple exercice de développement personnel.

L’exercice des 50 valeurs : comment trier l’essentiel du superficiel ?

Face à l’injonction de « trouver ses valeurs », le premier réflexe est souvent de consulter de longues listes de mots inspirants : créativité, ambition, honnêteté, aventure… Si cet exercice peut sembler utile, il comporte un piège majeur : celui de choisir des valeurs par aspiration plutôt que par introspection. Vous cochez ce que vous aimeriez être, et non ce qui définit votre noyau identitaire. La véritable méthode est moins un shopping qu’une investigation. Il ne s’agit pas de choisir, mais de déterrer.

Une approche beaucoup plus puissante consiste à faire l’archéologie de vos frustrations. Repensez à vos trois pires expériences professionnelles. Pas les simples désagréments, mais les moments où vous avez ressenti un profond malaise, de la colère ou un sentiment d’injustice. Derrière chacune de ces situations se cache une valeur fondamentale qui a été violemment bafouée. Si vous avez détesté un environnement de micro-management, ce n’est pas juste que vous n’aimez pas les chefs contrôlants ; c’est que votre valeur fondamentale d’autonomie ou de liberté est non-négociable. C’est en analysant ce qui vous est insupportable que vous découvrez ce qui vous est indispensable.

Cette démarche est complétée par la distinction du sociologue Milton Rokeach entre les valeurs « terminales » et « instrumentales ». Les valeurs instrumentales sont des moyens (l’argent, le statut, l’efficacité), tandis que les valeurs terminales sont des buts existentiels (la paix intérieure, la sagesse, le sentiment d’accomplissement). Demandez-vous systématiquement « Pourquoi ? » pour chaque valeur instrumentale. « Pourquoi est-ce que je veux ce statut ? » Pour la reconnaissance. « Pourquoi la reconnaissance ? » Pour me sentir en sécurité. « Pourquoi la sécurité ? » Pour atteindre la paix intérieure. Vous venez de trouver une valeur terminale.

Votre plan d’action : auditer vos valeurs fondamentales

  1. Listez vos frustrations : Identifiez 3 à 5 expériences professionnelles (passées ou présentes) qui ont généré un fort sentiment négatif. Pour chacune, nommez la valeur qui a été bafouée (ex: injustice, manque de respect, inefficacité).
  2. Séparez le but du moyen : Prenez votre liste de valeurs et classez-les en deux colonnes : « valeurs terminales » (buts existentiels comme la liberté, l’harmonie) et « valeurs instrumentales » (moyens comme le pouvoir, la discipline).
  3. Appliquez le test du « Pourquoi ? » : Pour chaque valeur instrumentale, demandez-vous « Pourquoi est-ce important pour moi ? » jusqu’à aboutir à une valeur terminale. L’argent est-il un moyen d’atteindre la sécurité ou la liberté ?
  4. Hiérarchisez par comparaison : Prenez vos valeurs terminales et comparez-les deux à deux. « Entre la créativité et la sécurité, laquelle est la plus essentielle à mon équilibre ? ». Classez-les pour ne garder que le top 3.
  5. Validez par l’énergie : Relisez votre top 3. Ces mots génèrent-ils en vous un sentiment d’expansion, d’énergie et d’évidence ? Si oui, vous avez trouvé votre noyau.

Liberté ou Sécurité : est-ce une valeur à nourrir ou un besoin comblé par peur ?

Le dilemme entre liberté et sécurité est un classique de la transition de carrière. Voulez-vous la liberté de l’entrepreneuriat ou la sécurité du salariat ? Cette opposition binaire est souvent un piège qui paralyse la décision. En réalité, il est rare qu’une personne n’ait besoin que de l’un ou de l’autre. La question n’est pas de choisir un camp, mais de déterminer si, pour vous, la sécurité est une valeur profonde à nourrir ou un besoin primaire qui masque une peur.

Une valeur authentique génère de l’énergie et de l’enthousiasme. Penser à la « liberté » vous fait rêver de projets, de voyages, de nouvelles compétences ? C’est probablement une valeur. À l’inverse, un besoin dicté par la peur crée de la tension. Penser à la « sécurité » vous amène à imaginer des scénarios catastrophes (perte d’emploi, factures impayées) ? C’est sans doute un besoin d’évitement. Le conflit interne naît lorsque l’on sacrifie une valeur motrice (la liberté) pour combler un besoin de réassurance (la sécurité). Ce n’est pas un hasard si plus de 34% des salariés identifient les conflits de valeurs comme une cause majeure de souffrance au travail.

Pour dépasser cette opposition, imaginez un « curseur de vie » plutôt qu’un interrupteur. À chaque étape de votre existence (début de carrière, parentalité, projet d’achat), où placez-vous ce curseur ? Peut-être qu’aujourd’hui, vous avez besoin de 70% de sécurité et 30% de liberté. Dans cinq ans, ce sera peut-être l’inverse. L’objectif n’est pas de faire un compromis frustrant, mais de créer un équilibre dynamique qui respecte vos priorités du moment sans trahir vos valeurs de fond.

Balance ancienne en équilibre avec des plumes d'un côté et des pierres polies de l'autre, éclairage naturel dramatique

Comme le suggère cette image, l’équilibre n’est pas l’immobilité. Il s’agit d’ajuster constamment les poids de chaque côté pour maintenir une harmonie. Une question puissante à se poser est : « Si la sécurité financière était garantie à vie, que changerais-je immédiatement dans mon travail ? ». La réponse révèle souvent la valeur qui est actuellement étouffée par la peur du manque.

L’erreur de choisir des valeurs « nobles » pour plaire aux autres au lieu des siennes

Dans notre quête de sens, nous sommes tous influencés par un « bruit » extérieur : les attentes familiales, la pression sociale, l’image que nous voulons projeter. Ce bruit nous pousse souvent à adopter des valeurs qui ne sont pas les nôtres, mais qui sont socialement désirables. Qui n’aimerait pas se définir par l’altruisme, l’écologie ou l’intégrité ? Le danger est de construire son identité professionnelle sur un socle de « valeurs nobles » qui sont en réalité une façade, un vernis pour obtenir l’approbation des autres.

Ce phénomène, connu sous le nom de biais de désirabilité sociale, est un puissant saboteur de l’alignement. Vous pouvez vous convaincre que « changer le monde » est votre valeur numéro un, mais si au fond, ce qui vous anime est la « résolution de problèmes complexes » ou la « stabilité », vous vous engagez dans une voie qui finira par vous épuiser. La dissonance entre l’image projetée et la réalité intérieure est une source de fatigue chronique. Vous dépensez une énergie considérable à maintenir une apparence qui ne correspond pas à votre moteur interne.

Cette pression est particulièrement forte dans certaines cultures. Comme le souligne la psychanalyste Marie Pezé, spécialiste de la souffrance au travail, la France a une relation particulière au monde professionnel :

Nous avons la spécificité d’accorder au travail une centralité en termes de construction identitaire qui n’existe pas dans d’autres pays.

– Marie Pezé, Welcome to the Jungle – Analyse du burn-out en France

Quand le travail devient le pilier de l’identité, la tentation de choisir des valeurs qui « présentent bien » est immense. L’antidote est l’honnêteté radicale. Acceptez que vos valeurs ne soient pas forcément « nobles » au sens conventionnel. Peut-être que votre moteur est la « compétition », la « richesse » (en tant que moyen d’atteindre la liberté) ou simplement la « tranquillité ». Une valeur n’est ni bonne ni mauvaise. C’est simplement un fait. Reconnaître et assumer la « compétition » comme une valeur fondamentale vous orientera vers des environnements stimulants, tandis que la nier vous mènera à des postes collaboratifs où vous vous sentirez frustré et sous-performant.

Quand changer de job : les signaux d’alerte d’un conflit de valeurs insoutenable

Le conflit de valeurs n’est pas une abstraction intellectuelle. C’est une expérience viscérale qui s’inscrit dans le corps et le comportement bien avant que l’esprit ne l’admette. Ignorer ces signaux, c’est prendre le risque de glisser vers un mal-être profond, voire un burn-out. Savoir les décoder est une compétence de survie professionnelle. Le corps devient une boussole infaillible lorsque la tête est perdue dans le brouillard.

Ces signaux peuvent être subtils au début : une irritabilité croissante, un cynisme qui s’installe, une procrastination sur des tâches qui vous passionnaient autrefois. Puis, ils deviennent plus physiques et envahissants. Le stress chronique lié à cette dissonance n’est pas anodin ; en France, près de 40% des salariés se disent en situation de souffrance psychologique, un chiffre qui témoigne de l’ampleur du désalignement. Votre corps, en refusant la dissonance, exprime ce que votre conscience n’ose pas formuler.

Le tableau suivant, basé sur des données d’observation du bien-être au travail, synthétise les symptômes psychosomatiques les plus courants liés à un conflit de valeurs prolongé. Il ne s’agit pas d’un diagnostic médical, mais d’un outil de prise de conscience.

Symptômes psychosomatiques du conflit de valeurs
Symptôme Fréquence chez les salariés en souffrance Lien avec le conflit de valeurs
Épuisement physique et troubles du sommeil 51% Le corps refuse de fournir de l’énergie pour une cause qui n’est pas la sienne.
Difficultés relationnelles et isolement 40% Création d’une distance émotionnelle pour se protéger du conflit.
Désengagement et envie de démission 40% Mécanisme de fuite instinctif face à une situation perçue comme toxique.
Fatigue décisionnelle et brouillard mental 45% La surcharge cognitive liée au dilemme permanent épuise les ressources mentales.
Gros plan sur une main crispée tenant un stylo au-dessus d'un bureau, tension visible dans les veines

La tension physique, comme cette main crispée, est souvent le premier signe tangible. Une mâchoire serrée, des douleurs au dos, des maux de tête récurrents… Ces symptômes ne sont pas des faiblesses, mais des messages d’alerte. Lorsque ces signaux deviennent chroniques et qu’aucune perspective d’alignement n’est possible au sein de votre poste actuel (par un changement de mission ou un dialogue avec votre management), il est peut-être temps d’envisager que la solution n’est plus à l’intérieur de l’entreprise, mais à l’extérieur.

Avoir ou Être : pourquoi vos objectifs doivent refléter qui vous êtes, pas ce que vous voulez ?

Une erreur fréquente dans la quête de sens est de se fixer des objectifs basés sur ce que l’on veut « Avoir » : un meilleur salaire, un titre plus prestigieux, une plus grande maison. Ces objectifs, bien que légitimes, sont des destinations. Si le voyage pour les atteindre trahit qui vous voulez « Être », vous risquez de connaître le « syndrome du sommet vide » : une fois l’objectif atteint, un sentiment de vacuité s’installe, car la réussite matérielle ne comble pas le vide identitaire.

La solution est de renverser la logique. Partez de vos valeurs fondamentales (Être) pour définir vos actions (Faire) et ensuite seulement, les résultats attendus (Avoir). Si votre valeur est l’apprentissage continu (Être), une action pourrait être de « lire un livre professionnel par mois » (Faire), menant au résultat d' »obtenir une certification » (Avoir). Dans cette approche, la satisfaction ne vient pas seulement de l’atteinte du but final, mais du processus lui-même, car chaque action est alignée avec votre identité.

Ce désalignement est massif dans le monde du travail. Une étude sur le sens au travail révèle que 54% des actifs français ne se sentent plus alignés avec leur travail, et une part encore plus grande n’y prend plus de plaisir. C’est la conséquence directe d’une culture focalisée sur le « Avoir » au détriment de l' »Être ». Se fixer un objectif aligné, c’est transformer une contrainte en une source de motivation intrinsèque.

Méthode de traduction : de la valeur à l’objectif

Cette méthode simple permet de garantir que vos objectifs sont bien au service de vos valeurs.

  • Identifiez une valeur fondamentale (Être) : Par exemple, « Impact positif ».
  • Traduisez-la en actions concrètes (Faire) : « Consacrer 2 heures par semaine à du mentorat pour les juniors de l’équipe ».
  • Définissez des résultats mesurables (Avoir) : « Aider 3 mentorés à obtenir une promotion ou à mener un projet à bien cette année ».
  • Créez un système de suivi : Un simple journal hebdomadaire pour noter les progrès et les apprentissages.
  • Célébrez l’action alignée : Réjouissez-vous d’avoir pris le temps pour le mentorat (le « Faire »), et pas seulement lorsque le résultat est atteint (l' »Avoir »).

En adoptant cette grille de lecture, vous ne courez plus après des chimères extérieures. Chaque objectif devient une expression de qui vous êtes. La motivation n’est plus une ressource à trouver, mais une conséquence naturelle de l’alignement.

Pourquoi vouloir « être positif » à tout prix peut aggraver votre mal-être ?

Face à un malaise professionnel, l’un des conseils les plus courants – et les plus toxiques – est « d’essayer de voir le bon côté des choses ». Cette injonction à la positivité, souvent bien intentionnée, peut avoir l’effet inverse : elle invalide votre ressenti et vous fait porter la culpabilité de votre propre mal-être. Si vous n’êtes pas heureux malgré vos efforts pour « rester positif », le problème, ce serait vous. C’est une double peine.

Cette « positivité toxique » est un mécanisme de déni. Elle vous encourage à mettre un couvercle sur les émotions négatives (frustration, colère, tristesse) qui sont en réalité de précieux signaux d’alerte. Un conflit de valeurs génère une douleur légitime. Tenter de la masquer par des pensées positives, c’est comme prendre un analgésique pour une fracture ouverte sans jamais soigner l’os. La douleur est un message. L’écouter est la première étape de la guérison. La nier ne fait qu’aggraver la blessure intérieure, menant à une détresse silencieuse. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses études, comme celle sur la santé psychologique au travail, révèlent qu’environ 40% des salariés envisagent de démissionner, un chiffre qui témoigne d’un mal-être profond que la positivité de façade ne peut contenir.

Le véritable alignement ne consiste pas à éliminer les émotions négatives, mais à comprendre leur origine. La colère face à une injustice au travail ne signifie pas que vous êtes une personne « négative », mais que votre valeur de « justice » a été violée. La tristesse de faire un travail dénué de sens n’est pas un signe de dépression, mais un appel de votre besoin de « contribution ».

Lorsque vous vivez un conflit de valeurs, votre motivation décline et fait place à un sentiment d’insatisfaction pouvant aller jusqu’à une forme de souffrance que l’on nomme souffrance éthique.

– E-Marketing, Article sur l’identification des valeurs personnelles

Accueillir cette souffrance éthique sans jugement est la condition sine qua non pour agir. C’est en acceptant que « non, ça ne va pas, et c’est normal » que vous vous donnez l’autorisation de chercher les causes réelles de votre malaise, au lieu de vous épuiser à prétendre que tout va bien.

Mission ou Passion : pourquoi avoir une raison de se lever protège votre cerveau ?

On oppose souvent la « passion » (ce que j’aime faire) à la « mission » (la raison pour laquelle je le fais). Si trouver une activité qui vous passionne est un moteur puissant, c’est la conscience d’une mission, d’un « pourquoi », qui crée un alignement durable et a des effets tangibles sur votre biologie. Avoir une raison de se lever le matin n’est pas une simple formule poétique ; c’est un mécanisme de protection neurologique.

Les neurosciences nous montrent que le sentiment d’avoir un but et d’agir en accord avec ses valeurs active directement le circuit de la récompense dans notre cerveau. Ce système, gouverné par la dopamine, n’est pas seulement lié au plaisir. La dopamine est le neurotransmetteur de la motivation, de l’anticipation et de l’action dirigée vers un but. Lorsque votre travail a du sens, chaque petite avancée, chaque tâche accomplie en alignement avec votre mission, libère une micro-dose de dopamine. Cela crée une boucle de renforcement positive : l’action alignée génère de la motivation, qui pousse à plus d’action alignée.

Les mécanismes neurologiques du sens au travail

Le sentiment d’autonomie, la reconnaissance et surtout le sens que l’on donne à son travail sont des activateurs essentiels du circuit de la récompense. Lorsque nous sentons que notre effort contribue à quelque chose de plus grand que nous, ou est en parfaite adéquation avec nos principes, notre cerveau nous « remercie » en libérant de la dopamine. À l’inverse, un travail perçu comme inutile ou en conflit avec nos valeurs peut inhiber ce système, menant à l’apathie, au désengagement et à ce que l’on appelle l’anhédonie (l’incapacité à ressentir du plaisir).

Vue aérienne d'une personne marchant sur un chemin sinueux dans la nature, créant une métaphore visuelle du parcours neuronal

Ce concept est au cœur de la philosophie japonaise de l’ikigaï, souvent traduit par « raison d’être ». Comme le rappellent les experts de cette méthode, vivre selon son ikigaï confère une joie profonde et une raison fondamentale de se lever le matin. Cette « mission » n’a pas besoin d’être grandiose comme « sauver le monde ». Elle peut être « aider mon équipe à grandir », « créer des systèmes élégants et efficaces » ou « apporter de la clarté dans la complexité ». L’important est qu’elle soit la vôtre et qu’elle transforme votre travail d’une série de tâches en une contribution signifiante.

À retenir

  • Votre frustration est votre meilleure boussole : vos pires expériences professionnelles révèlent vos valeurs non-négociables.
  • Faites la distinction entre ce que vous voulez « Avoir » (statut, argent) et qui vous voulez « Être » (créatif, libre, juste). Vos objectifs doivent découler de votre identité.
  • Les signaux du corps (fatigue, tension, anxiété) ne sont pas des faiblesses mais des alertes critiques d’un conflit de valeurs. Les ignorer mène à l’épuisement.

Pourquoi 80% des résolutions de développement personnel échouent-elles avant le mois de mars ?

Chaque début d’année, des millions de personnes prennent de bonnes résolutions : « je vais faire plus de sport », « je vais être plus organisé », « je vais changer de travail ». Pourtant, la grande majorité de ces élans de volonté s’éteignent en quelques semaines. Cet échec massif n’est pas dû à un manque de discipline, mais à une erreur fondamentale d’approche : nous essayons de changer nos comportements sans d’abord changer notre identité.

Se forcer à adopter un nouveau comportement qui n’est pas aligné avec vos valeurs profondes est une lutte constante contre vous-même. C’est une bataille d’usure que la volonté seule ne peut gagner sur le long terme. Le paradoxe actuel est immense : alors que 60% des salariés européens frôlent le burn-out, le marché du développement personnel, avec ses promesses de solutions rapides, explose. Cela montre que nous cherchons des réponses à l’extérieur (méthodes, outils, hacks) alors que le problème est à l’intérieur.

La solution durable est de passer d’une résolution comportementale à une affirmation identitaire. Au lieu de dire « Je vais postuler à de nouvelles offres », commencez par affirmer « Je suis une personne qui prend sa carrière en main et recherche l’alignement ». Cette simple reformulation change tout. Vous n’êtes plus en train de « faire » quelque chose de difficile, vous êtes en train d’agir en cohérence avec qui vous « êtes ». L’action devient une expression de votre identité, et non une corvée.

De la résolution à l’identité alignée

  1. Affirmez l’identité : Remplacez la résolution « Je vais chercher un travail qui a du sens » par l’affirmation « Je suis quelqu’un qui construit une carrière alignée avec ses valeurs ».
  2. Commencez petit (Règle des 2 minutes) : Toute action alignée doit être si simple qu’elle est impossible à ne pas faire. « Ouvrir mon CV pendant 2 minutes » plutôt que « Refaire mon CV ».
  3. Activez la récompense : Célébrez chaque micro-victoire qui confirme votre nouvelle identité. Le fait d’avoir ouvert le CV est déjà une victoire, car c’est l’acte de « quelqu’un qui prend sa carrière en main ».
  4. Créez un système, pas une discipline : Aménagez votre environnement pour faciliter les choix alignés. Mettez un livre sur votre valeur principale sur votre table de chevet. Bloquez 15 minutes dans votre agenda pour la réflexion.
  5. Célébrez l’acte, pas le résultat : Le but n’est pas de trouver le job parfait demain, mais de devenir aujourd’hui la personne capable de le trouver. Célébrez l’identité que vous incarnez.

Tout le travail d’identification de vos valeurs, de décodage de vos frustrations et d’écoute de vos signaux corporels a un seul but : construire ce socle identitaire. Sans lui, toute résolution est une maison bâtie sur du sable. Avec lui, chaque action devient une pierre solide de votre nouvelle vie professionnelle.

Pour concrétiser cette introspection, l’étape suivante consiste à traduire ces valeurs en un plan d’action professionnel clair et aligné, que ce soit par une redéfinition de votre poste actuel ou la recherche d’une nouvelle voie.

Questions fréquentes sur l’identification de ses valeurs professionnelles

Si la sécurité financière était garantie à vie, que changeriez-vous dans votre travail ?

Cette question est un puissant révélateur de la valeur cachée derrière le besoin de sécurité. En éliminant mentalement la contrainte financière, vous laissez émerger ce qui vous motive intrinsèquement. Visualisez un moment où vous vous êtes senti parfaitement confiant et énergisé au travail ; les valeurs associées à ce moment (créativité, autonomie, impact) sont probablement vos valeurs essentielles, actuellement masquées par la peur du manque.

Comment distinguer une valeur authentique d’un besoin dicté par la peur ?

La différence se situe dans l’énergie qu’ils génèrent. Une valeur authentique (ex: la liberté) procure de l’enthousiasme, une sensation d’expansion et une envie d’aller de l’avant. Un besoin basé sur la peur (ex: le besoin de sécurité) crée de la tension, de l’anxiété et une stratégie d’évitement du danger. Un bon test est d’imaginer que ce besoin est déjà comblé : si vous ressentez du soulagement mais pas de joie particulière, c’est un besoin. Si vous ressentez une forte énergie positive, c’est une valeur.

Peut-on concilier liberté et sécurité sans compromis ?

Plutôt que de les voir comme deux pôles opposés qui s’annulent, il est plus juste de les imaginer sur un ‘curseur de vie’. Cet outil mental vous permet de les hiérarchiser de manière dynamique selon les phases de votre vie. En début de carrière, le curseur peut être à 80% sur la liberté. Avec un projet immobilier ou familial, il peut glisser temporairement à 60% sur la sécurité, sans pour autant trahir votre valeur de liberté. L’objectif n’est pas un compromis statique mais un équilibre ajusté et conscient.

Rédigé par Thomas Mercier, Psychologue clinicien et Sophrologue Caycédien, expert en gestion du stress, de l'anxiété et développement personnel depuis 14 ans. Il utilise les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et la visualisation mentale.